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Rage du raton laveur et autres zoonoses : pratiquer le piégeage en toute sécurité

il y a 13 heures
4 min de lecture

Par Dre Céline Isaaz, médecin vétérinaire, et Marianne Gagnier, biologiste et coordonnatrice provinciale de la gestion de la rage, Direction de la santé et du bien-être des animaux sauvages, Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs 

  

Le retour de la rage du raton laveur dans certaines régions du sud du Québec suscite des inquiétudes chez plusieurs trappeurs. Cette préoccupation est tout à fait compréhensible, mais il est important de rappeler qu'en appliquant les bonnes pratiques de manipulation des animaux, le risque de contracter la rage ou une autre zoonose demeure très faible. 

  

La rage est une maladie virale qui atteint le système nerveux des mammifères. Elle se transmet principalement par la salive d'un animal infecté, généralement à la suite d'une morsure. Une contamination peut également survenir si de la salive ou du tissu nerveux (ex. : nerf, cerveau, moelle épinière) entre en contact avec une plaie récente ou les muqueuses des yeux, du nez ou de la bouche. En revanche, le virus ne traverse pas une peau intacte et ne se transmet pas par un simple contact avec la fourrure, le sang, l'urine ou les excréments.  

  

Pour les trappeurs, la meilleure protection consiste à adopter systématiquement, et partout au Québec, des mesures de prévention lors de la manipulation des animaux, qu'ils paraissent malades ou non. 

  • Le port de gants imperméables est recommandé pour manipuler les carcasses et effectuer le dépiautage;  

  • En présence de risques d'éclaboussures, notamment lors de la manipulation de la tête lors du dépiautage, le port d'une protection oculaire et d'un masque constitue une précaution supplémentaire judicieuse.  

  • Couvrir les coupures, gerçures ou éraflures avec un pansement étanche avant de commencer le travail, en plus de porter des gants. Se laver soigneusement les mains avec de l'eau et du savon après chaque manipulation, même lorsque des gants ont été portés. 

  • Ne pas consommer de nourriture, boire, fumer ou porter les mains à sa bouche ou à son nez lors de la manipulation et de la préparation des captures; 

  • Veiller à ce que les jeunes enfants et les animaux domestiques restent éloignés des carcasses. Ne laissez pas les animaux domestiques toucher ou manger les carcasses. 

  • Cuire adéquatement toute venaison destinée à la consommation afin de détruire les bactéries et les parasites qui pourraient y être présents;  

  • Si l’on souhaite faire la préparation de crânes, il est préférable de faire bouillir les têtes avant de les manipuler afin de neutraliser le virus de la rage qui peut se trouver dans les tissus et liquides du cerveau. 

  

Le virus de la rage est détruit rapidement par la chaleur, les rayons UV du soleil et la dessiccation (sécheresse). Il est sensible à la plupart des désinfectants usuels, comme l’eau de javel. Cependant, ce virus résiste bien à la congélation et à des conditions humides et fraîches. Cela signifie que garder longtemps une carcasse dans un congélateur ou dans un réfrigérateur ne permettra pas de détruire le virus.  

  

La rage n'est pas la seule maladie pouvant être transmise par les animaux sauvages à l’humain (appelée « zoonose »). D'autres zoonoses, comme la leptospirose, la tularémie ou certains parasites, peuvent également être présentes chez différentes espèces. Heureusement, les mêmes mesures d'hygiène permettent de réduire efficacement les risques associés à l'ensemble de ces maladies : porter des équipements de protection, éviter les contacts directs avec les liquides biologiques, utiliser des outils propres, désinfecter régulièrement le matériel de travail et bien se laver les mains après toutes manipulations. 

  

Il est aussi utile de demeurer attentif à l'état des animaux capturés. Un animal qui présente un comportement inhabituel, une agressivité anormale, une paralysie, une salivation excessive ou qui semble désorienté pourrait être atteint de la rage ou d'une autre maladie. Ces signes ne permettent toutefois pas de confirmer qu’il s’agit de la rage; seule une analyse de laboratoire peut confirmer le diagnostic. Dans une telle situation, il est préférable de manipuler l'animal avec une prudence accrue. De plus, dans certaines régions du Québec faisant l’objet d’une surveillance de la rage du raton laveur, le signalement de l’animal pourrait être d’intérêt. Néanmoins, un animal qui semble en santé peut tout de même transmettre la rage ou d’autres maladies et parasites. La prudence est de mise en tout temps avec les animaux sauvages, et ce, partout au Québec. Pour en savoir plus, consultez Québec.ca/rageduratonlaveur. 

  

Enfin, en cas de morsure ou griffure par un animal sauvage, ou si de la salive ou du tissu nerveux entre en contact avec une plaie (ex. : mains gercées) ou une muqueuse, il faut immédiatement laver la zone touchée abondamment à l'eau et au savon pendant 10 à 15 minutes et consulter rapidement un professionnel de la santé (Info-Santé 811, CLSC ou urgence d’un hôpital). Une évaluation permettra de déterminer si un traitement préventif contre la rage est nécessaire. Ce traitement est très efficace lorsqu'il est administré rapidement après l'exposition. La vaccination préventive contre la rage est aussi accessible, mais les coûts de celle-ci sont aux frais du trappeur.  

  

Dans le contexte actuel de la présence de la rage du raton laveur dans le sud du Québec, il n'est pas nécessaire de modifier ses activités de piégeage. Il importe plutôt de demeurer vigilant et de continuer à appliquer les mesures de prévention reconnues efficaces. D’ailleurs, la formation obligatoire pour exercer cette activité couvre en détail les pratiques sécuritaires visant à prévenir la transmission de maladies et de parasites. 

  

En combinant prudence, bonnes pratiques d'hygiène et équipement de protection, il est possible de poursuivre cette activité de façon sécuritaire, tout en contribuant à la gestion des populations d'animaux sauvages. Les trappeurs québécois possèdent une expertise reconnue en gestion et en mise en valeur de la faune, ce qui peut également contribuer au contrôle de certaines maladies affectant les animaux à fourrure, telle que la rage. 


 
 
 

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